VINTAGE PASSION – 2ème partie

LE MOULINET MITCHELL 300
Le moulinet préféré de Richard Walker, l’homme qui est à l’origine de la première canne à carpes la MK IV, était un Mitchell, plus tard appelé Mitchell 300. Walker était un perfectionniste. Après avoir réalisé la canne à carpes parfaite en 1951/52 il lui fallait un moulinet de grande qualité pour compléter sa création, et son choix s’est naturellement tourné vers un Mitchell oviforme !
Mais l’histoire de ce moulinet mythique vendu dans le monde entier pendant un demi-siècle et fabriqué à plus de 30.000.000 d’exemplaires commence quelques années plus tôt en France, quand Carpano & Pons à Cluses produit en 1946 la toute première version de ce qui 80 ans plus tard est tout simplement considéré comme le moulinet le plus célèbre au monde !
Ce Mitchell révolutionnaire surpasse d’entrée le succès d’un autre moulinet bien connu, le CAP (plus tard baptisé Mitchell 304), et cela pour de nombreuses raisons. Il s’agit d’une vraie petite merveille technologique. Côté look, son bâti oviforme cache l’ensemble de la mécanique et le différencie de ses concurrents.
L’homme qui invente le Mitchell 300 est l’ingénieur Maurice Jacquemin qui travaille alors pour Carpano & Pons. Maurice est convaincu qu’il est possible de réaliser un moulinet qui serait bien plus qu’un simple conteneur de fil de pêche, un outil précis permettant de lancer plus loin avec plus de précision et capable de récupérer la ligne sans trop la vriller. Après deux ans de recherche le premier Mitchell oviforme nait, un moulinet qui ne ressemble à aucun autre. Pour le concevoir Maurice s’inspire des techniques et mécaniques horlogères et automobiles. La conception est basée sur un système spécial d’engrenages et de pièces mécaniques permettant de ralentir et de rallonger le mouvement de l’oscillation de la bobine. Résultat : le fil est nettement mieux réparti sur une bobine plus haute, ce qui permet des performances de lancer supérieures et rallonge aussi considérablement la durée de vie des fils utilisés.

Durant les années 40 l’ingénieur Maurice Jacquemin s’est inspiré des techniques et mécaniques horlogères et automobiles pour concevoir un moulinet révolutionnaire qui allait devenir un succès commercial planétaire !

Charles Pons, propriétaire de l’établissement Carpano & Pons, voudrait appeler ce nouveau moulinet le Michel, en l’honneur de son frère décédé peu de temps avant, mais étant donné que la loi française interdit l’utilisation des noms propres à des fins commerciales, il modifie le nom en Mitchell.
Un succès international !
Durant les années 40 les frères Gumprich et Tom Lenk redressent et réorganisent l’entreprise américaine Garcia et se lancent le défi de commercialiser un jour le moulinet Mitchell aux USA ; ils ont remarqué la popularité grandissante des moulinets à tambour fixe dite « spinning », grâce à l’invention d’un nouveau fil de pêche : le Nylon ! C’est la société Dupont qui invente le Nylon en 1938 et commercialise les premiers fils de pêche en Nylon dès 1939. Après la libération Jules Gumprich retourne à Paris et rouvre son ancienne firme d’importation/exportation, les établissements Impecco. Les contacts d’avant-guerre sont rétablis et Jules commence à exporter les moulinets CAP et Mitchell vers les Etats Unis où ils sont ensuite distribués par Garcia. Entre 1948 et 1955 pas moins de 600.000 moulinets Mitchell oviformes partent ainsi Outre-Atlantique.
Durant les années 50 et 60, rien ne peut arrêter la formidable « success story ». Le moulinet Mitchell qui porte désormais le numéro 300 est décliné en d’autres modèles et devient le produit français le plus largement exporté de tous les temps ! En 1957 Carpano & Pons célèbrent le 1.000.000ème Mitchell.

À gauche un Mitchell 2ème version de 1948. À droite Un Mitchell 3ème version de 1950.

C’est à partir de la 4ème version (1954) que le moulinet Mitchell est équipé d’un pick-up complet…

…et à partir de la 5ème version (1955) que le numéro 3-0-0 lui est attribué pour la première fois.
En 1971 le moulinet est exporté vers 83 pays et 65% du volume exporté part aux Etats Unis. Chaque semaine 25 tonnes de moulinets sont dispatchés depuis Cluses. L’usine produit plus de 10.000 moulinets par jour dont 85% pour l’export. Le 22 juin le 20.000.000ème sort des chaînes de production ! C’est en 1989 que l’usine produit le dernier Mitchell 300 (série Pro) avant de transférer l’assemblage en Thaïlande. Au total plus de 30.000.000 de moulinets Mitchell 300 (ou des modèles de sa descendance directe) sont produits en France, du jamais vu, nulle part au monde !
Plus de 300 modèles, les collectionneurs adorent !
Pas moins de 8 versions distinctes du moulinet Mitchell 300 de base sont fabriquées entre 1939 et 1977. Chaque nouvelle version est une évolution technique par rapport à la version précédente. Les trois premières versions sont des modèles à demi pick-up (pick-up index), puis à partir de la quatrième version (sortie en 1954) les Mitchell sont équipés d’un pick-up complet (anse de panier). C’est à partir de la cinquième version (1955) que le moulinet Mitchell devient le « Mitchell 300 ».

Voici le premier (1955) et le dernier (1977) « OTOMATIC » avec leur pick-up à ouverture automatique : le 330 et le 440A.
Mises à part les 8 versions de base, le moulinet Mitchell est aussi décliné en d’autres modèles avec à chaque fois des caractéristiques techniques qui changent. En 1955 le Mitchell Otomatic est doté d’un pick-up à ouverture automatique assez révolutionnaire. Il est remplacé plus tard par le Mitchell 330, puis le 440. A partir de 1956 un modèle rapide arrive sur le marché, le Mitchell 350, aussi appelé le Rapid, plus tard remplacé par le Mitchell 400 puis le 410. En 1969 on découvre le 300 C, un modèle optimisé avec des roulements à aiguilles. Puis au fil des années bien d’autres modèles sortent encore, avec parfois des finitions différentes et des aspects techniques qui varient selon les pays vers lesquels ils sont exportés. Les collectionneurs de ce célèbre moulinet, très nombreux aujourd’hui, ont dénombré plus de 300 modèles distincts !

Le premier Mitchell Rapid (high speed) sort en 1957 et porte le numéro 3-5-0…

…et est remplacé plus tard par les modèles optimisés 400 puis 410 (photo).
En parlant de collectionneurs de Mitchell, sachez qu’ils sont les plus nombreux aux Etats Unis, suivis par les Hollandais, les Belges, les Anglais et, bien sûr, les Français. Mais on trouve des collectionneurs dans le monde entier, même en Russie, en Afrique du Sud, en Chine et au Japon ! Il faut dire que le nombre d’anciens moulinets Mitchell en très bon état encore en circulation aujourd’hui est considérable, donc se constituer une collection n’est pas encore trop difficile. On en trouve énormément sur Internet (Ebay) et le plus souvent ils partent à des prix très raisonnables. Comptez quelques dizaines d’euros pour un modèle courant du Mitchell 300 d’occasion en bon état, et entre 100 et 150 euros pour le même en état neuf, dans sa boîte d’origine et avec tous ses papiers – appelé « New Old Stock » dans l’univers des collectionneurs (pièces neuves issues d’anciens stocks non écoulés sur le marché), ou « NIB » ce qui veut dire « New In Box » (neuf dans sa boîte d’origine). On trouve régulièrement de très jolis moulinets d’occasion sur les brocantes et marchés aux puces, et bien souvent à de tout petits prix ! Et à chaque fois qu’on trouve un Mitchell 300 ou l’un de ses dérivés il est possible de retracer très facilement l’année à laquelle il a été produit, car chaque exemplaire porte un numéro de série unique.

Voici deux livres (il y en a d’autres) consacrés à l’histoire du Mitchell 300 et qui intéressent beaucoup les collectionneurs passionnés de la marque ! Ces ouvrages sont une aide précieuse dans l’identification des différents modèles commercialisés au fil des années.
La première version produite de 1946 à 1948 est extrêmement rare et sa valeur est inestimable. D’après mes sources il n’en existe que très peu en état complet avec toutes les pièces d’origine. La version 2 produite à partir de 1948 est aussi relativement rare (en bon état), mais pas introuvable. La version 3, tout de même très recherchée, n’est pas vraiment rare et à partir de la version 4 produite à partir de 1954 on les trouve facilement. Mais il existe aussi d’autres modèles beaucoup plus rares, des séries limitées fabriquées pour des occasions spéciales comme les versions DL avec des pièces non pas chromées mais en plaqué or. Dans leur jolie boîte de présentation en bois et avec leur certificat d’authenticité ces moulinets peuvent, s’ils sont en très bon état, rapporter entre 1000 et 2000 euros lors d’une vente aux enchères sur Ebay ! Il y a aussi des modèles uniques techniquement optimisés pour des champions de surfcasting de l’époque, ou de superbes moulinets totalement customisés, spécialement faits pour les cadeaux de départ en retraite de grands hommes d’affaires, avec des pièces dorées et des peintures ou gravures réalisées par des artistes ! Ces derniers valent vraiment une fortune !

Le Mitchell 300A à double bande rouge commercialisé en 1977-78 est très recherché, à condition qu’il soit en parfait état, comme celui-ci.
Plusieurs livres sont consacrés à l’histoire d’anciens moulinets Mitchell. Les deux vraiment considérés comme étant indispensables pour les collectionneurs sont « Les Moulinets Mitchell » de Luc de Medts sorti en 1999 (éditions du Pécari) et « The Mitchell Classic Spinning Reel » de Wallace Carney, dont je vous conseille la « Special European Edition » sortie en 2010 (livre édité à compte d’auteur).
Le moulinet préféré des « Vintage Carpers » !
Il n’y a pas que les collectionneurs qui s’intéressent aux anciens Mitchell 300. Ce moulinet est également très populaire chez les pratiquants du « Vintage », c’est-à-dire les amoureux de la pêche à l’ancienne qui, en Angleterre et aux Pays Bas, sont assez nombreux. Le Mitchell 300 est le moulinet parfait pour les anciennes cannes à carpes en bambou refendu ou en fibre de verre. Mon préféré pour mes cannes Vintage est le Mitchell Garcia 300 C deuxième édition produit en 1976. C’est en quelque sorte un Mitchell de base 4ème version du début des années 50 optimisé avec des roulements à aiguilles et un galet tournant dans l’arc du pick-up. Je les ai optimisés davantage en les dotant d’une bobine en aluminium avec frein micrométrique. Ces moulinets sont à mes yeux parfaits pour les pêches fines de bordure.

L’un des modèles les plus aboutis tout en restant authentique : le Mitchell 300C, un modèle optimisé pour le marché américain équipé de roulements et d’un galet tournant. C’est le modèle que j’ai choisi pour équiper mes cannes à carpe en bambou refendu.

Un Mitchell 300 PRO de 1986. Bel esthétique mais la qualité de la mécanique et la qualité de finition sont d’un niveau nettement inférieur par rapport aux anciens modèles.

Certains modèles n’ont été fabriqués qu’en tout petit nombre, d’autres sont uniques, comme les moulinets ci-dessus, un modèle surfcasting à bobine « wedding cake » et un autre pour fêter les 1 million de moulinets vendus en 1957 et dont la décoration magnifique a été réalisée par un artiste. Bien évidemment leur valeur pour un collectionneur est inestimable car ce sont de véritables pièces de musée !

